• Geneviève Fontan

Rembobina - Octobre 2015 Premier Salon des collectionneurs Hermès au Louvre Rivoli à Paris

Mis à jour : août 24

Interview de Geneviève Fontan à l'occasion du Premier Salon des collectionneurs Hermès en 2015 au Louvre Rivoli à Paris, par C.D.


Difficile de ne pas résister à la tentation de cet écrin pour venir exposer une partie de ma collection Hermès lorsque Catherine Lecomte m'a demandé cette faveur. Je ne l'ai pas regretté. Cette expérience unique qui ne s'est pas renouvelé a attiré le Tout-Paris venu admirer les merveilles du patrimoine du Monde d'Hermès. C'était quinze jours avant le terrible attentat du Bataclan le 13 novembre 2015 qui a entrainé la fermeture de tous les salons parisiens.

Salon d'exposition des collections privées d'objets, bagages et Carrés Hermès - Hotel du Louvre Paris 2015


Geneviève Fontan ne s’est pas mis le sac à dos mais "dans la poche" ! Un sac Hermès bien sûr !

Elle a jeté son dévolu sur la marque à l’âge de 17 ans, l’âge où elle a eu son premier sac Hermès : la sacoche, autrement dit le Trim. Les élèves de l’Institution toulousaine qu’elle fréquentait, étaient habituées à l’uniforme et avaient bien compris que pour avoir l’air BCBG, il fallait absolument porter cet accessoire si élégant très décontract’ avec un foulard Hermès noué à la poignée. Geneviève Fontan a accepté de répondre à nos questions.


Le premier sentiment « avoir l’air bcbg » étant passé, vous auriez pu passer à autre chose, or cet élan de jeunesse s’est transformé en véritable passion pour la marque Hermès en particulier. Vous collectionnez les pièces Hermès, vous êtes expert international, vous étudiez la marque et la connaissez comme personne, vous écrivez des livres et vous vivez dans cet univers. Où en êtes vous aujourd’hui ?

Je suis d’une nature fidèle. Ce n’est pas difficile d’être fidèle quand on fait de bons choix. En plus on gagne du temps ! Enfant j’avais une passion pour les trousses, j’aimais aussi les boites de crayons de couleurs, uniquement pour les regarder et les toucher. Je ne m’en servais pas. J’aimais les belles choses, les beaux objets, les beaux habits et j’étais très sensible à mon environnement. Quand j’ai découvert le travail d’Hermès, j’étais admirative à tel point que je me serais mise à l’équitation, au golf, ou au tennis… rien que pour le vestiaire et l’accessoire. Ce n’était pourtant pas du snobisme mais un ressenti qui me poussait à d’authentiques désirs compulsifs.

Ma fascination pour les crayons de couleurs alignés en dégradés de teintes, je l’ai aussi pour les sacs. Je ne les achète pas pour les porter mais plutôt pour les regarder et les toucher. Ils font partie du désordre que j’organise autour de moi, chez moi, autrement dit du décor. Mais bien d'autres choses me font vibrer, les flacons de parfum des années 30, les oeuvres verrières d'André Hunebelle, les anciens bagages Louis Vuitton et Goyard...


Vous avez rejoint Catherine Lecomte pour participer au Premier salon des collectionneurs des créations Hermès en prêtant des pièces de votre collection privée. Comment s’est passé l’échange en matière de communication avec l’organisatrice ?

J’ai connu Catherine Lecomte il y a cinq ans environ. En chinant sur le net, je suis tombée sur un objet insolite sur le site Katheleys.com qui a retenu tout de suite mon attention. Il s’agissait d’un mannequin de vitrine Louis Vuitton. Pièce rare que je voulais absolument. La négociation avec Catherine a été très agréable et elle est venue spécialement de Belgique jusqu’à Toulouse pour m’amener mon encombrante acquisition. Nous avons ainsi fait connaissance et démultiplié notre enthousiasme pour le vintage de luxe. Je lui ai parlé d’un projet de salon « Hermès » à Paris dans un hôtel de luxe. J’avais avancé dans les démarches et je lui ai proposé de s’associer à mon projet. Catherine a beaucoup de professionnalisme, de dynamisme et de mobilité et finalement c’est elle qui a pris en charge tout le management de ce Salon très attendu par toute la communauté internationale des admirateurs de la marque Hermès. Je me réjouis de la tournure que Catherine a voulu donner à ce premier salon des créations Hermès qui associe la découverte du patrimoine culturel d’une marque mythique et la sélection éclectique de pièces offertes à la vente. Créations Hermès obligatoire.


Montage la veille de l'exposition. Hotel du Louvre Paris 2015 - Le salon est tapissé de panoramiques de Züber






Comment expliquez vous le parcours exceptionnel des sacs Kelly et Birkin ?

Comme un parcours de star consacrée. Ils "respirent" le talent ! Ils ont la naissance dans un berceau de velours, la beauté au sens pur, l’esprit pointu et ils suscitent la convoitise tous azimuths.

L’histoire du Kelly remonte aux années 30, c’est une création de Robert Dumas. Dans le catalogue de 1937, il est désigné sous le nom de Sac de voyage à courroies pour dame. En 1938, il prend le nom de Sac à main de voyage. Le modèle est apprécié de la clientèle et les rééditions ricochent. Il est toujours édité entre 1949 et 1954 sous ce nom. En 1955 il répond au nom de Petit sac haut.

L’actrice, Grace Kelly le porte à son bras sur une photo publiée dans Life Magazine en 1956. Il n’en faudra pas plus pour que les Américaines de tous les états fédéraux se ruent chez Hermès pour acquérir ce sac Made in France.

J’ai relevé de nombreux titres de films dans lesquels le Kelly occupe un second rôle.

Dans le long métrage d’Yves Allegret, Les Orgueilleux, sortie en 1953, l’actrice Michèle Morgan manipule avec élégance son sac Hermès (le futur Kelly dans toute la première partie du film. Plus récemment, le réalisateur, Pedro Almodovar a choisi un Kelly rouge vif assorti au manteau que porte la sulfureuse Marisa Paredes dans La Fleur de Mon Secret sorti en 1995. C’est une évidence, le Kelly est devenu « Kelly star », au cinéma comme à la ville.



Le choix d’un Kelly en dit long. L’américaine de Los Angeles a une soif de l’objet culte et des excentricités, elle rêve d’un Kelly rose. Le Kelly Pluch ne passera pas inaperçu dans les rues de Gstaad, Courchevel ou Verbier. Le Kelly fermoir diamants, commande spéciale pour les soirées paillettes des palaces du Golfe, attirera assurément les regards. En France le Kelly noir est certainement le plus chic pour l’opéra ou le concert.

Pour terminer l’anecdote, en 1956, Hermès renomme le petit sac haut sous le nom de Kelly, un nom chargé de gloire, le nom d’une actrice venue d’Amérique pour épouser un Prince, un nom qui incarne beauté et admiration. Ce sac n’a pas pris une ride. Il est parti pour être centenaire. Pour l’anecdote, le Kelly est encore désigné Petit sac Haut au catalogue Suggestions de 1957. C’est en 1960 qu’il apparaît pour la première fois sous le nom de Kelly dans les pages de Suggestions.


En dehors de ces deux modèles, il y a quand même d’autres sacs chez Hermès, combien à votre avis ?

Je n’ai pas d’avis mais une étude m'amène à dire qu'il y en aurait plus de 2000. Je les ai à peu près tous en photos avec leur date de création. Des modèles tous différents qui existent dans de multiples déclinaisons de tailles, de couleurs et de peausseries. Dans l’ouvrage Guide et codes des sacs Hermès que je présente en avant première au Premier Salon des collectionneurs Hermès fin octobre prochain à Paris, j’ai voulu initier le lecteur au vocabulaire, aux techniques de fabrication et je donne les codes frappés sur les sacs qui restent pour beaucoup d’entre nous un mystère. Un livre illustré de plus de 200 photos dans la collection Luxe et vintage aux éditions Arfon.


Le sac Hermès est il une valeur sûre ?

Je ne fais pas ce calcul. Il faudrait définir l’expression valeur sûre. A mon avis les valeurs sûres n’existent pas en dehors des valeurs morales.


Qu’est ce qui vous motive dans vos acquisitions ?
 

J’aime connaître les origines des pièces que j’achète. Je n’aime pas acheter dans l’anonymat et cherche toujours à connaître l’histoire des pièces que je rentre en collection. Ma dernière acquisition un sac croco Hermès des années 50 que j’ai acheté à Marie-Pascale qui le tient de sa petite maman. Elle m’a tout raconté de sa petite maman qui était très coquette et conservait tous ses petits trésors dans une armoire. George, un Lord anglais à qui j’ai acheté des pièces d’exception de Paul Dupré Lafon pour Hermès me confiait qu’il vendait ses objets pour sa voisine qui avait plus de 40 sacs Hermès dont elle avait hérité de sa mère qui était une inconditionnelle d’Hermès. Très excitant, à suivre !

Jenny de Miami m’a vendu la ceinture « cadrans anciens ». Ses grands parents venaient tous les ans dans les années 50 passer un séjour en France sur la Côte d’Azur et ils en profitaient pour dévaliser la boutique Hermès de Cannes.

Le portfolio gravé du « heurtoir » de Paul Jouve qui sera exposé au Salon a appartenu à Bernard Buffet qui le conservait dans sa villa de Saint Tropez. Quant au boléro en soie brodé de perles que l’on pourra admirer fin octobre, il appartenait à la collaboratrice de Christian Dior, une inconditionnelle du boléro, Raymonde Zehnacker, qui était aussi mannequin chez le couturier. Dans la catégorie « objets à message » j’ai déniché dans le fief du producteur réalisateur hollywoodien, Jerry Wientraub, un pot à tabac plein cuir recouvert de crocodile havane, technique sellerie, avec une mystérieuse dédicace à son attention.


J’ai fais l’acquisition d’une photo originale de 1930 où l’on voit Emile Hermès et sa fille Yvonne avec le futur Bolide à la main arrivant à New York sur le paquebot S.S. Paris. Elle sera exposée au Salon. Cette acquisition fût un vrai bonheur !


Comment vous vous y prenez pour trouver toutes ces merveilles ?


Votre question est indiscrète mais je vais vous donner une indication pour situer ma façon d’être lorsque je passe en mode chineuse. Enfant j’adorais attraper le pompon sur les manèges. Au lieu de me hisser bras en l’air avant même que le manège n’ait entamé son tour, je restais prostrée au fond de mon carrosse. Ça marchait chaque fois, on venait me chatouiller le nez avec le pompon et je n’avais qu’à tendre la main pour le décrocher. C’était ma méthode de bébé goupil ! et mon seul plaisir ressenti du tour de manège.

Vitrines de présentation des objets Hermès exposés


Bébé goupil est devenu Maître goupil ?

L’espièglerie peut engendrer la ruse !


Un conseil pour ceux qui vous lisent, que vaut il mieux acheter ?

C’est une question que je ne me suis jamais réellement posée, j’ai rarement d’hésitation quand j’achète. Je suis très sensible à l’état de l’objet et à son intérêt documentaire mais je peux acheter une pièce détériorée, s’il s’agit d’une rareté. En bref le coup de cœur !

Je dirais aux personnes hésitantes : achetez selon votre inspiration et votre envie du moment. Si vous regrettez, vous pourrez revendre, c’est facile de nos jours. Achetez un sac en bon état, c’est important, peu importe son âge. Et si vous ne le portez pas, vous pourrez toujours le contempler en le posant sur un meuble. Si vous avez une envie folle d’un sac Hermès, endettez-vous, vous ne le regretterez pas. Le plaisir est de tous les instants. Avant, on en rêve. Pendant on vit un rêve. Après on s’en sépare de façon toujours très avantageuse, pour vivre un nouveau rêve.

Propos recueillis par Camille Dumont, Octobre 2015

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